La plus belle randonnée de ma vie

La plus belle randonnée de ma vie

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La plus belle randonnée de ma vie!

Après 15 voyages à l’étranger annulés d’affilée et 18 mois d’attente, les voyages ont enfin pu reprendre au mois d’août. Et quel voyage, quelle récompense, car l’Islande nous a gratifiés d’une éruption volcanique extraordinaire!

 

Un volcan à la sortie de l’aéroport

Mais commençons par le début. Un nouveau volcan, le Fagradalsfjall, est apparu sur la péninsule de Reykjanes, à deux pas de l’aéroport international de Keflavik, le 19 mars 2021. Son éruption était toujours en cours lorsque le voyage s’est définitivement confirmé. Je décide alors, avec ma correspondante sur place (merci Matta!), de modifier le programme du voyage. On se donne ainsi la chance de pouvoir observer l’éruption à quatre reprises : durant les deux premiers et deux derniers jours du voyage. Si l’éruption avait toujours lieu, cela devait suffire pour assister au spectacle, malgré les aléas météorologiques propres à l’Islande.

Cela devait aussi suffire malgré les nouveaux caprices du volcan qui ne fonctionnait plus que de manière intermittente. En effet depuis quelques semaines, des cycles d’activité intense alternaient avec des cycles de repos total, mais sans parfaite régularité. Les phases d’éruption pouvaient être anticipées grâce à des enregistrements sismiques disponibles en direct sur internet. Le trémor (vibration continue provoquée par le mouvement du magma à l’intérieur des conduits magmatiques) augmentait tranquillement pendant plusieurs heures avant chaque soubresaut du volcan. Autant dire que j’ai passé des heures avant et pendant le voyage à ausculter ce graphique pour essayer de comprendre le fonctionnement du volcan de manière à anticiper au mieux ses phases éruptives.

Nous ratons un spectacle d’enfer!

Le jour du départ, au moment de l’embarquement, on nous annonce un problème technique sur l’avion. On prend du retard, qui n’en finit pas de durer. On ne sait même pas si on va pouvoir quitter Genève le jour prévu… Et pendant ce temps le volcan s’était remis en activité, et celle-ci devait durer suffisamment pour que nous puissions l’observer longtemps dès notre descente d’avion. Finalement notre vol décolle avec quatre heures de retard. En arrivant au-dessus de la péninsule de Reykjanes, le pilote survole la zone d’éruption, mais rien n’est visible, la couverture nuageuse étant trop dense.

A la sortie de l’aéroport, retardée encore par les contrôles sanitaires, à 21h, je devais prendre une décision : foncer sur le lieu de l’éruption avec le groupe ou reporter la randonnée au lendemain. L’activité était à son comble sur le volcan, je pouvais le voir sur les webcams diffusant l’éruption en direct, mais les conditions météorologiques, à cause du brouillard, n’étaient pas parfaites. Un groupe sur place nous donnait comme information qu’il fallait marcher une heure et demie avant de pouvoir vraiment observer l’activité. Les calculs étaient vite fait : on ne pouvait être sur place au plus tôt à 23 heures et à cette heure-là, il y avait de fortes chances que le volcan se soit rendormi… Ce premier soir, je décide de renoncer à embarquer le groupe pour des heures de marche en pleine nuit et nous nous contentons d’observer l’éruption sur l’immense écran disposé dans le hall d’entrée de notre hôtel…

Encore raté!

Le lendemain, on se réveille tranquillement. Rien ne sert de se précipiter, il faut donner le temps au volcan de se réactiver. Selon mes estimations, cela devrait être pour le milieu de l’après-midi. Nous partons donc visiter quelques sites d’intérêts sur la péninsule de Reykjanes (notamment l’endroit où la dorsale océanique accoste d’Islande). En début d’après-midi, nous nous rendons sur le site de l’éruption. Il y a beaucoup de monde, mais aucune activité volcanique! Le soleil est là, par moment, et il joue à cache-cache avec le brouillard.

Peninsule Reykjanes
L'extrémité sud-ouest de la péninsule de Reykjanes. C'est juste derrière le phare que la dorsale océanique médio-atlantique accoste l'Islande.

On commence notre randonnée tranquillement et on découvre la vallée de Natthagil recouverte de lave déjà complètement refroidie, probablement ancienne. On marche ensuite le long d’une crête pour se poster face au volcan, distant de plus d’un kilomètre. Et on attend… Rien ne se passe… Le soleil à disparu, le vent s’est levé, il commence à faire froid. On décide alors de descendre proche du champ de lave, au moins pour se réchauffer en marchant. Mais en arrivant proche des coulées de la veille, celles-ci sont encore très chaudes. Au moins ça! Puis soudain, au loin, dans l’immensité noire des laves, des points incandescents! Ça coule! Un tunnel de lave déverse lentement une coulée très visqueuse, sombre, dont le front s’effondre de temps à autre, laissant apparaître du rouge. On croit à la réactivation du volcan! Mais il n’en est rien. Ce ne sont que les reliques de l’activité de la nuit précédente…

Vallée de Nattaghi
La vallée de Nattaghi avec des coulées de lave récentes, mais déjà refroidies, le 17 août 2021.

On attend encore, mais rien ne se passe. Le volcan ne semble pas vouloir se réactiver aujourd’hui… Finalement la mort dans l’âme, on quitte les lieux. Il est tard, il faut retourner au bus et faire encore deux heures de route pour rejoindre notre prochain hébergement. Nous aurons passé six heures sur le terrain pour rien… enfin pas tout à fait : j’ai pu au moins repérer la topographie des lieux pour la prochaine fois et on a pu observer quelques points rouges… maigre consolation.

Un voyage avec un manque de chance flagrant!

Le voyage prévu le long de la côte sud de l’Islande et sur les Iles Vestmann se passe bien. Mais nous manquons de chance au niveau météo. Le sud de l’Islande reste couvert en permanence alors qu’il fait grand beau au nord et à l’est du pays. Nous ne verrons ni la faille du Laki, ni les deux volcans de Heimaey. Le seul endroit où le soleil a bien voulu se montrer, s’est finalement à la superbe lagune glaciaire de Jökulsárlón. Et pendant ce temps, le volcan continuait son activité d’intermittent du spectacle sur la péninsule de Reykjanes.

Jökulsárlón
La lagune glaciaire de Jökulsárlón au pied du grand glacier Vatnajökull.

L’avant-dernier jour du voyage, nous arrivons à Reykjavik. Il ne servait à rien d’aller directement sur le site de l’éruption, le volcan n’étant pas actif à ce moment-là. Mais je pouvais deviner qu’il allait se remettre en activité en début de soirée. Et cette fois, ça n’a pas manqué! Sauf que les conditions météorologiques sur le site de l’éruption étaient exécrables. On était proche de la tempête, avec des pluies diluviennes et des vents violents. Impossible de s’y rendre tout de suite. Il fallait attendre… mais combien de temps ? Cette nuit-là, c’était notre dernière occasion de voir le volcan en éruption.

Je décide donc de veiller. Le groupe part se coucher, mais je les avertis que dès qu’une ouverture météo se produit, je les réveille! Les prévisions sont néanmoins très mauvaises jusqu’à deux heures du matin. A minuit, je m’endors en prenant soin de régler mon alarme sur deux heures. A mon réveil, la webcam m’indique que l’éruption a bien lieu, sauf que le brouillard, rouge, empêche toute observation. Selon la météo islandaise, les pluies doivent cesser vers 3 heures. C’est décidé! Il faut y aller, c’est notre dernière chance. A 2 heures j’appelle le chauffeur, à 2h30 je réveille le groupe, à 3 heures nous quittons notre hébergement. Une heure plus tard, après avoir passé sur la route à travers de grosses averses, nous arrivons sur place. Il est quatre heures du matin. Il ne pleut plus, mais le brouillard est toujours présent. En face de nous une montagne sombre dominée par une luminosité rouge intense. C’est l’incandescence du volcan qui se reflète dans le brouillard.

Il faut toujours croire en sa chance!

Eruption du volcan Fagradalsfjall
Le brouillard se lève sur le site de l'éruption.

Nous commençons à marcher sur la crête que nous avions empruntée dix jours plus tôt. Et à partir de ce moment-là, la chance qui nous avait abandonnées depuis le début de ce voyage, va nous permettre de vivre des heures que personne dans le groupe n’est prêt à oublier. Le brouillard se lève, laissant apparaître les premières lueurs de l’aube et tout le site de l’éruption. Une coulée de plus de deux kilomètres de longueur s’écoule à une vitesse hallucinante, descendant en cascade une grosse rupture de pente. Au loin, le volcan fait jaillir sa lave au-dessus du cratère, et le vent nous pousse tous les gaz toxiques dans la direction opposée à notre lieu d’observation. Le lever du soleil offre des lumières incroyables, non seulement sur le site de l’éruption, mais aussi sur les reliefs environnants. Et lorsque nous descendons proche des coulées, celles-ci se mettent à déborder juste devant nous, en plusieurs endroits en même temps.

D’un coup, d’un seul, la chance avait tourné. Elle était enfin avec nous. Et ce jour-là, j’ai vécu la plus belle randonnée de ma vie!

Mon prochain voyage en Islande aura lieu en février 2022.

Plus d’images de cette éruption sur ma page photos.

Cratère du volcan Fagradalsfjall
Cratère du volcan Fagradalsfjall.
Débordement de lave
Débordements de la coulée de lave.
Coulée de lave en islande
Coulée de lave dans la vallée de Natthagil.
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